Louise Monin

Jeune docteure
Louise Monin
À la croisée des mondes. Ethnographie des relations entre les habitants du massif jurassien, le lynx boréal et les autres espèces sauvages
Éric Garine et Nicolas Lescureux
17/06/2025
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Domaines de recherche
France
Massif jurassien
Ethnobiologie, prédation, relations humains-animaux, lynx, Jura
Parcours universitaire et professionnel
La thèse de Louise Monin s’intéresse aux interactions entre les humains et le lynx boréal mais également avec la faune sauvage et domestique du massif, puisque « nos relations au monde animal sont structurées au travers d'un bestiaire [et] un animal n'est jamais perçu isolément » (Vourc’h, 1990). Ainsi, l’étude porte sur la façon dont ces interactions façonnent les relations inter-espèces, les rapports à l’espace et la constitution des savoirs écologiques locaux. Cette recherche tend à cerner la diversité des perceptions, l’hétérogénéité en termes d’acceptation, et les enjeux sociaux et écologiques associés à la conservation du lynx boréal.
Mukamuri, B., E. Garine, E. Gandiwa, A. Perrotton, O. Kupika et L. Monin, 2023, African Buffalo and the Human Societies in Africa: Social Values and Interaction Outcomes, Ecology and Management of the African Buffalo (Cham, Cambridge University Press) : 1-20 [Ethnobiology], en ligne : https://hal.science/hal-04413086.
Monin, L., 2025, A la croisée des mondes : ethnographie des relations entre les habitants du massif jurassien, le lynx boréal et les autres espèces animales, thèse de doctorat (s.l., Université Paris Nanterre), en ligne : https://theses.hal.science/tel-05682063.
Résumé
Eradiqué au XIXe siècle et revenu dans le massif jurassien dans les années 1970, le lynx boréal (Lynx lynx) est aujourd’hui une espèce protégée dont l'aire de présence française est située à 80% au sein du massif jurassien (Doubs, Jura, Ain) (Réseau Loup-Lynx, 2024). Cette situation confère au massif un fort enjeu de conservation, pris en compte par l'État qui a initié la rédaction d'un Plan National d'Actions (PNA) en faveur de l'espèce en 2019. Cependant, aucune étude n'a jusqu'à présent cherché à identifier la façon précise dont les lynx et les autres espèces du massif jurassien sont perçues par les habitants, les émotions qu'elles suscitent et la place qu'elles occupent dans le paysage et le patrimoine du massif. C’est pourquoi, j’ai mené une enquête de terrain dans le massif jurassien français (Doubs, Jura, Ain) durant 24 mois, dans le cadre de ma thèse CIFRE, issue d’une collaboration entre le Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie comparative de l’Université de Paris Nanterre et les Fédérations Départementales des Chasseurs du Jura et de l’Ain. A partir des données recueillies sur le terrain (observations participantes, entretiens semi-directifs, freelists), je suis partie de l’hypothèse qu’il existait deux catégories d’enquêtés (utilitariste, protectionniste) qui s’opposent dans leur vision du monde animal. Grâce à une analyse des discours et des pratiques liés à la faune sauvage, j’ai pu mettre en évidence que les enquêtés ne s’entendent pas sur la naturalité des comportements des animaux et que les échelles géographiques et temporelles à partir desquelles ils pensent le monde sont différentes. L’analyse a également permis de mettre en avant divers rapports d’altérité avec les animaux ; si l’ensemble des enquêtés reconnait l’agentivité des animaux, tous n’ont pas la même sensibilité : les protectionnistes mobilisant la sympathie et les utilitaristes l’empathie, au sens de Charles Stépanoff (2021). Enfin, le contrôle que les enquêtés cherchent à exercer sur les animaux est révélateur des tensions qui existent entre eux, celles-ci étant exacerbées lorsqu’il s’agit de contrôler la mort des animaux. Dans le cas du massif jurassien, c’est le retour récent des lynx qui a exacerbé ces conflits. L’intérêt de ce travail de thèse est donc de montrer que l’analyse des perceptions, des pratiques liés à la faune sauvage et aux lynx met au jour des cosmologies concurrentes où la question de gérer la vie et la mort des animaux est omniprésente puisque chaque groupe cherche à imposer qui de l’humain ou de l’animal aura le droit de tuer, qui il aura le droit de tuer et comment.